jeudi 5 janvier 2012

Si le XXème siècle était un titre de livre….



Le livre de l’intranquilité /Atrocity Exhibition /L’homme sans qualités / De l’inconvénient d’être né / Au-dessous du Volcan / Je me souviens / La Nausée / Journal d’un vieux dégueulasse / Le procès / L’insoutenable légèreté de l’être / L’homme unidimensionnel / La société du spectacle / The Naked Lunch / On the Road / Surveiller et punir / La peste / Le poisson soluble / Journal d’un voleur / Quelque part dans l’inachevé / L’homme foudroyé / Voyage au bout de la nuit / L’Anti-Œdipe / L’écriture ou la vie / The air-conditionned nightmare / L’Archipel du Goulag / Le jeu des perles de verres / Le pèse-nerfs

Je choisirais certainement Quelque part dans l’inachevé…un livre que je n’ai lu que par fragments, mais peut-être le plus beau titre de l’histoire des livres.
Que sais-je de Jankelevitch ? Que sais-je de ce déjà siècle inachevé ; quelque part…

Comment appréhender textuellement et mentalement ce siècle dont je n’ai vécu que le crépuscule ? L’amenuisement, la fin ! La dissolution de son fondement et la perte de sa raison. Le XXème siècle est comme sa maladie ; schizophrène ! Démultiplication identitaire, délires, rêves et cauchemars, les extrêmes des gouvernements, de la répression, les révolutions culturelles et artistiques, les révoltes, les possibilités de changement.
Le XXème siècle est celui de la répétition et du mouvement ; socialement, artistiquement, politiquement et idéologiquement. Perte identitaire et refus de stabilisation, vitesse insensée, explosion de l’ego, du progrès, du refus et de l’indignation.

« On était tous aux anges, on savait tous qu’on laissait derrière nous le désordre et l’absurdité et qu’on remplissait notre unique fonction dans l’espace et dans le temps, j’entends le mouvement. »
Jack Kerouac – Sur la route

Le chef d’œuvre de Kerouac est le calque magique de siècle désenchanté. Les plus folles envies de jeunes gens se déplaçant à l’infini dans un espace devenu clos, routinier. La quête se meut en fuite ! La liberté de la découverte, du voyage, les possibilités de révélation et de Satori s’enveloppent dans une brume nauséeuse. La fuite est le dénominateur commun de cette période de l’Histoire. La répétition de l’exil, physique et cérébral ; cette implosion se perpétuant.
Les fuites se répètent et se ressemblent, même si elles s’opposent dans leur raison d’être : l’exil des réfugiés, des pauvres, des artistes, des drogués, des artistes drogués, des terroristes, des ennemis politiques, des dictateurs, des criminels de guerre, des victimes de guerre… Une Histoire éclatée à travers laquelle nous allons voyager par flash, des points d’entrées sur une réalité, des mouvements se perpétuant d’une décennie à l’autre, d’un endroit à l’autre.

« À de grands intervalles dans l’histoire, se transforme en même temps que leur mode d’existence le mode de perception des sociétés humaines. »
Walter Benjamin – L’œuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée

Quelles sont les conditions permettant à une mouvance artistique de se translater d’une époque et d’un endroit à l’autre ? Le XXème siècle est celui des métissages : les surréalistes puisaient leurs inspirations dans le dix-neuvième obscur, dans l’art africain et dans le cubisme. Les beats étaient influencés par le jazz et les surréalistes, le rock par les beats, tout le monde par Rimbaud !
Les artistes se répondent dans le temps et dans l’espace… Céline et Bukowski s’assemblent dans la brutalité et la résignation, Henry Miller et Cendrars sont comme deux cousins se nourrissant l’un de l’autre… Vila-Matas s’immisce entre Borges, Musil et Benjamin…
Le XXème siècle est plein de retours et de résonances :

-         en 1925, Zamiatine écrit Nous Autres
-          en 1932 Huxley écrit Le meilleur des mondes
-          en 1948 Orwell écrit 1984
-          en 1989 Velan écrit Soft Goulag

Le siècle de toutes les horreurs et de tous les extrêmes, l’ère des masses, de mouvement et de la stagnation. L’air devenu irrespirable et menaçant, trop de progrès ingérable et de technologie entropique. Il faudra annihiler ce qu’il y a d’humain dans ces corps dont on gardera l’utilité.
La toile du désenchantement tisse les liens entre les temps et les mouvements.
Le fossé se creuse, la folie s’étend. Artaud avait raison.
Quelque part dans l’incachevé…

Texte écrit en 2010.


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