lundi 19 janvier 2026

"Concierge à la Bibliothèque" (work in progress)

 

Extrait (work in progress) - "Concierge à la Bibliothèque" : 


"Alors ça. C’est le kiff total. Concierge à la bibliothèque. Enfin remplaçant concierge. Trois étés de suite. Magie. C’est encore le taf old school. Avec un petit local en bas où je peux fumer et bouquiner. Une petite routine tranquille. Six heures du matin – ouverture des lieux. J’ai la clé et le code de la bibliothèque de la ville. 


C’est dingue. 


Y-a-t-il un endroit plus mystérieux, plus envoutant, plus habité, plus silencieux, plus étrange qu’une bibliothèque endormie ? Six heures dix – je prends mon chariot incroyable avec son grand sac poubelle, sa panos, son balai, sa ramassoir, ses produits de bases, quelques chiffons et linge propres et surtout sa petite radio portative. Que j’enclenche directement sur la nouvelle chaîne jurassienne qui passe de la super sique. Six heures quinze. Lick Shot. Wouah ! 

 

Y-a-t-il un truc plus fun que danser sur Missy Elliot tôt le matin dans une bibliothèque qui se réveille ? Nettoyer les bureaux. Commencer par celui du directeur qui arrive relativement tôt. Puis les toilettes à chaque étage. Passer l’aspirateur entre les rayons de livres. Vider les poubelles. Changer les sacs en plastiques dans les espaces cafétérias et les locaux du personnel. Nettoyer les machines à café. Remplir les récipients pour le sucre, les paniers de petites crèmes à café. Personne ne débarque avant huit heures. C’est deux petites heures hors du temps. 

 

Chaque espace est rempli de petits bonheurs. Il n’y a que moi. Et les fantômes du savoir. Ceux de l’histoire littéraire. Ceux de la philosophie, de la sociologie, de la psychologie. 

 

La médiathèque avec tous ces disques. L’atelier de reliure. Les archives. Les rayons philosophie, essais, bande dessinée. L’espace dvd. Les stocks à la cave, pas loin de mon local. Avec leurs armoires futuristes qui peuvent contenir tellement de livres grâce à leur ingéniosité mécanique. Dans les rayons en haut, je peux prendre n’importe quel bouquin pour mon petit local. Car le reste de la journée, je ne fais à peu près rien. Il y a encore le courrier à la poste vers neuf heures, puis sa distribution dans les bureaux. Ensuite on m’appelle parfois pour changer une ampoule, ou nettoyer un tiroir. Une fois par semaine je dois aspirer et récurer tous les étages. L’été étant plus calme niveau fréquentation, les espaces communs ne sont pas si sales. Mais soyons clairs, dès que la pause de 9h se termine aux environs de 10h, je n’ai plus grand-chose à faire. En quelques jours, une jolie pile de livres s’est déjà accumulée dans mon petit local. Le cendrier aussi est bien rempli. Dans le désordre j’ai pris dans les rayons un essai plutôt cool de Greil Marcus qui réfléchit autour des échos possibles entre le mouvement Dada, le situationnisme et le punk, un classique de Toni Morrison qui doit être interdit de nos jours dans les bibliothèques de tous les états conservateurs aux Etats-Unis, une biographie de Susan Sontag, un petit livre autour des écrivains et de l’alcoolisme, et un livre autour de l’Histoire de livres et de la lecture, sur l’Histoire des bibliothèques et de la conservation du savoir. 

 

La bibliothèque est dans une grande école avec plusieurs bâtiments. L’après-midi j’ai vite rendez-vous avec les autres concierges et on se retrouve dans le fameux passage Zimmermann. Un passage comme dans les grandes villes, totalement art nouveau, qui relie une rue à l’école. C’est un peu fou. Un peu bizarre. Cet endroit a eu toutes sortes d’affectations. Il a été fermé au public depuis longtemps. Actuellement, c’est l’espace des concierges ! 

Les concierges sont les vrais patrons des espaces quand on y pense. Y’a un frigo. Des bières. Des trucs à manger genre barres chocolatées, chips. Une cagnotte. Des cendriers. 

On partage nos routines. 

C’est là qu’un mec me dit qu’il n’y a pas de sots métiers mais que de sottes gens. 

Voilà. 

Rien d’autre à ajouter. 

On est comme l’équipe des espaces dans ce passage. 

On boit des bières. 

On fume des clopes. 

On refait ce monde. 

 

Quant au Zimmermann qui donne son nom à ce passage, il n’a rien à voir avec Bob Dylan malheureusement mais c’était un écrivain, traducteur et professeur à l’Université. Des années plus tard j’ai appris que le gus a traduit mon livre préféré de Stefan Zweig. Il doit bien y avoir une correspondance quelconque entre Bob Dylan et La Chaux-de-Fonds. Une correspondance secrète. Un fil cosmique. Il a lu Blaise Cendrars pour commencer. Ou alors un texte de Henry Miller parlant de Blaise Cendrars. C’est une première étape. L’origine de son nom ensuite… C’est de l’Oberland bernois, par là-bas, les Zimmermann. Dans le Jura il y a eu toutes ces communautés Suisses Allemande qui s’y sont installées…. C’est une autre piste… Une autre certitude est qu’il doit y avoir des Chevrolet dans la collection de voitures de luxe à Dylan. Une habitude qu’il a commencée très tôt. Dès les années 60. Alors que je divague sur les potentielles corrélations entre le grand poète folk et cette ville bizarre, les conversations de mes coéquipiers des espaces me ramènent au boulot. 


Il est 15h et nous retournons dans nos bâtiments respectifs pour laisser s’écouler encore deux petites heures. Ensuite c’est l’apéro !"


Dejan Gacond - work in progress


Ce texte sera présenté à La Bibliothèque de La Ville de La Chaux-de-Fonds le samedi 24 janvier 2025 en compagnie de Lydia Lunch et de A kaleidoscope of nothingness...

 

 

 

 

 

 




jeudi 15 janvier 2026

NOTHING for SOMEHTING... since 2009

 

A KALEIDOSOCOPE OF NOTHINGNESS 

Nothing for something

Since 2009 

(pic : Kit Brown, 2013)

Some the 432 who've been around in this poetic mess... thanks n love to all : 

  • Lydia Lunch (US)
  • Thurston Moore (Sonic Youth- US) 
  • James Johnston (PJ Harvey, ex Nick Cave - UK)
  • Craig Walker (Archive - UK)
  • Marc Hurtado (FR)
  • Bernard Trontin (The Young Gods – CH)
  • Cesare Pizzi (The Young Gods – CH)
  • Nadja Zela (CH)
  • Elie Zoé (CH)
  • Marina Skalova (CH/RUS)
  • Louis Jucker (CH)
  • Gängstgäng (CH)
  • Marianne Chargois (FR)
  • Dominique Bourquin (CH)
  • Nadia Daou (NÂR – LIB)
  • Azumi OE (danseuse buto, JP) 
  • Jasmine Hirst (artiste, AUS)
  • Ana Gamboa (violoncelle, EQU)
  • Virus 2020 (TU)
  • Clipping (US)
  • Tony O’Neill (UK)
  • Tim Dahl (US)
  • Julian Sartorius (CH)
  • Bob Bert (Sonic Youth – US)
  • Open Mike Eagle (US)
  • Orange Goblin (SWE)
  • Karma to Burn (US)
  • Lightning Dust (CAN)
  • And Also The Trees (UK)
  • Frédéric Oberland (Oiseau-Tempête, FR)
  • Tenko (CH)
  • Lionel Jodry (CH)
  • Naomi Mabanda (FR)
  • Camille Mermet (CH)
  • Steven Doutaz (CH)
  • Paul Courlet (FR)
  • Aurélie Emery (CH)
  • The Watchmaking Metropolis Orchestra (CH)
  • Les Hyperartistes (CH)
  • Dany Petermann (CH)
  • Joséphine De Weck (CH)
  • Mehdi Benkler (CH)
  • Arthur Henry (CH)
  • Antoine Rubin (CH)
  • Weasel Walter (US)
  • Bab Digler (CH)
  • Hathors (CH)
  • Demolition Unit (TU)
  • Anahita Bathaie (FR/IR)
  • EyeHateGod (US)
  • It It Anita (BE)
  • Omni Selassi (CH/DE)
  • Masha Zoetröp (TU)
  • Sylvia Pellegrino (CH)
  • Kunz/WIBW (CH)
  • Zayk (CH)
  • 432 artistes des 5 continents.
  • 148 installations en 16 ans !!!


"A kaleidoscope of nothingnesss... it's like if you are walking into a living book"
Lydia Lunch - The Lydian Spin Episode 304

 

 


samedi 10 janvier 2026

"Infrasens et contrebasse" + Lydia Lunch - 24 janvier 2026

 

INFRASENS ET CONTREBASSE 

LYDIA LUNCH 


24 janvier 2026 
15h 
Salle de Lecture
Biblithèque de la Ville
La Chaux-de-Fonds 

"Infrasens et contrebasse" est une sorte de perfo-conférence pendant laquelle Dejan déploie une installation "A kaleidoscope of nothingness" tout en digressant sur les influences et l'Histoire de ce projet dans lequel LYDIA LUNCH a joué plus de 15 fois. 

On explorera les liens entre La Chaux-de-Fonds et New York à travers l'influence de BLAISE CENDRARS sur HENRY MILLER et par ricochet sur toute la contre-culture américaine. En oscillations lointaines, on fera le chemin contraire à travers les fréquentes venues de LYDIA LUNCH à La Chaux-de-Fonds dans le kaléidoscope. 


Le prochain événement avec LYDIA LUNCH sera la toute 1ère rétrospective de A KALEIDOSCOPE OF NOTHINGNESS... une exposition de 2 mois dont le lieu et les détails seront annoncés tantôt !!! 

14.05 - 18.07 - tba - Zurich 

CAN'T WAIT !!! 



mercredi 17 décembre 2025

2025 - retour sur une année intense et oscillante

 

2025 - retour sur année intense et oscillante...

 

1 nouveau livre publié en mai et réimprimé en septembre / 19 performances solo avec soundtrack / 5 installations kaléidoscope / 74 livres lus / 540 pages écrites à l’ordinateur pour différents projets de textes / 1 cours-perfo à l’Université / 1 nouveau featuring musical de ouf / 1 table-ronde à l'Université !!!

 

Merci à toutes celles et ceux qui ont partagé, accueillis, soutenus ces projets !! 

 

« Club Nothing » avec soundtrack by Lase Tupe :

 

Kubaa – Zurich Affoltern

Le Cylure – Lausanne

Centre de Culture ABC – La Chaux-de-Fonds 

Urgence Disk Records – Genève 

 

« Sous tes yeux les poches sont des bassines » avec soundtrack by Léon Jodry : 

 

Musée des Beaux-Arts – Le Locle 

Zorrock – La Chaux-de-Fonds

Kupper Modern – Zurich 

Là-Bas – Biel/Bienne 

Private Show – La Chaux-de-Fonds

Librairie La Vouivre – Saignelégier

Maison Totale – Bôle 

Fahrenheit 451 – Genève 

La Mort Subite – La Chaux-de-Fonds 

Jungle Coffee – La Chaux-de-Fonds 

 

“A kaleidoscope of nothingness” + perfo solo avec soundtrack par Léon Jodry : 

 

Kubaa – Zurich Affoltern 

Bad Bonn – Düdingen 

Folia – Paris 

Université, Anthropole – Lausanne 

Le Cylure – Lausanne 

 

Featuring avec Nadja Zela : 

 

Le Cylure – Lausanne 


Table-ronde dans le cadre de "Troubles dans le français écrit"


Université, Anthropole - Lausanne

 

SEE YOU NEXT YEAR FOR A LOT MORE MADNESS !!!!! STAY TUNED !!!!! 

 

Pic : Stéphanie Pahud, 2025 

 

 

 


samedi 22 novembre 2025

"Sous tes yeux les poches sont des bassines" - 2ème édition - revue de presse

 

"SOUS TES YEUX LES POCHES SONT DES BASSINES"

1ère édition - mai 2025

2ème édition - septembre 2025


Un livre publié par Augustin Rebetez chez Label Rapace !

Un livre disponible en librairies en Suisse et sur le site de Label Rapace !


"Sous tes yeux les poches sont des bassines" - la revue de presse

10.11.2025 - Radio Vostok : 


Novembre-Décembre 2025 - Aimer Lire - Coups de Coeur littérature 2025 - Payot Magazine : 


27.10.2025 - Viceversa Litteratur : 


09.10.2015 - Freiburger Nachrichten : 


26.09.2025 - Drôle d'époque RTS 1ère : 


16.08.2025 - Le Quotidien Jurassien : 


10.07.2025 - Vertigo - RTS : 


12.06.2025 : Qwertz - RTS : 


15.05.2025 : The Lydian Spin : 



"Sous tes yeux les poches sont des bassines" - les prochaines perfos

27.11.2025 - La Mort Subite Bar - La Chaux-de-Fonds
04.12.2025 - Le Cylure - Lausanne
06.12.2025 - tba - La Chaux-de-Fonds
24.01.2026 - tba - La Chaux-de-Fonds
14.05.2026 - tba - Zurich 

pic : Soleil Noir, 2025

jeudi 13 novembre 2025

A kaleidoscope of nothingness @ Le Cylure - Lausanne

 

A KALEIDOSCOPE OF NOTHINGNESS 

LE CYLURE 

04 et 05 décembre 2025

TABLE BASSE RECORDS 

LAUSANNE 

(affiche : Table Basse Records)



Micro festival et marché de micro éditions 


04.12 : 21h

Dejan - soundy by Léon Jodry 

Nadja Zela 

Turbulences 

https://www.youtube.com/watch?v=r1m_wowBbkk

https://nadjazela.bandcamp.com/

https://mx3.ch/turbulences


05.12 : 21h

Vivement la fin 

Nonante 

Dj Marcel 

https://vivementlafin.bandcamp.com/album/hyper-vite

https://tablebasserecords.bandcamp.com/album/monate


04 et 05.12 : dès 18h

Aristide

Sakkadé

Méluzine

Colin Bottinelli 

https://collectifaristide.ch/category/realisations

https://larakoull.com/sakkade-editions/  

https://www.instagram.com/meluzine.zine/?hl=fr 

https://colinbottinelli.ch/portfolio/  


Prix Libre - Conseillé 10.- CHF 


Un événement organisé par TABLE BASSE RECORDS et A KALEIDOSCOPE OF NOTHINGNESS

https://tablebasserecords.bandcamp.com/


dimanche 9 novembre 2025

The typewriter performance

 

The typewriter performance

Théâtre de l'ABC 

A kaleidoscope of nothingness 

with Lydia Lunch, James Johnston, Mathieu Amstutz, Kit Brown, Dejan

01 octobre 2014 

Picture of a picture by Kit Brown 

"The kaleidoscope of nothingness is like you are walking into a living book (...) i want to describe the performance I saw with you, James Johnston and I (...) i think it was in La Chaux-de-Fonds, at the place we had lunch the other day, the ABC (...) You were on stage, with a desk, with books and a typewriter. Kit Brown who does a lot of the artwork for this was on stage silkscreening and then, there was someone else was doing industrial noise. I don't know what they were doing. And James Johnston and I... and you were reading from books, you had a collection of books that are some of your favorites while typing... we were like if the most ridiculous or one of the best thing we ever saw and then we decided it was probably one of the best thing we ever saw... it was VERY FUCKING COOL "

Lydia Lunch - podcast Lydian Spin episode 304


En plus des extraits de textes, j'avais lu ce texte écrit pour l'occasion

… Je voulais écrire un texte manuscrit sur l’Histoire de l’imprimerie… Avec le verbe, il n’y a pas de commencement, imposé ou pas. Il n’y a pas d’origine du mot… c’est l’idée d’une empreinte… c’est la possibilité d’une trace… 

 

…L’Histoire est une machine productrice d’amnésie… Les fêlures anciennes, les inconséquences des sociétés précédentes, l’infectieux balayage d’espoirs réduit en bouillie… 


… Mais l’imprimerie, son processus et sa nécessité existent en dehors de l’Histoire, de son idée, de son concept frelaté…

 

…Dans 1984 de Georges Orwell, on s’acharne à imprimer un effacement perpétuel du passé, de son idée, de sa combustion présumée… 

 

… L’imprimerie nous a amené la littérature et la propagande… des fois l’une et l’autre se chevauchent… la plupart du temps la première est le seul acte de résistance possible à la seconde… 

 

… mais bien avant la sédentarisation, bien avant la religion, la presse écrite ou le livre de poche, ce lien tenace entre la main et l’oeil s’est développé… saisir quelque chose, le lancer… la conscience naissante d’une réalité non vécue, projetée, lointaine mais visible… l’idée d’être ailleurs en même temps qu’ici… une irrépressible envie d’ubiquité… sans la main qui lance, qui trace, qui saisit… pas de temps, pas de mémoire, pas d’histoire, sans l’oeil qui valide ses opérations… ! L’oeil est le canal des sens sur le flux ses possibles… 

 

… les premiers mots étaient des peintures dans des cavernes…peindre le mot « image »… Est-ce que le mot « chose » désigne l’objet qu’il représente? … Quand les dessins s’effacent, quand les pigments perdent en intensité et se refondent dans la pierre qu’ils ornent… il fallait tenter de laisser une empreinte plus tenace et de creuser des sillons dans les matières… naissance du subconscient, il fallait creuser à l’envers afin de voir à l’endroit… mais l’inverse d’un inverse… comment fait l’oeil? 


J’ai entendu parle d’un homme qui gravait dans un bout de bois le mot « négatif »… inversion hémisphérique de la perception… l’inverse d’un inverse…

 

sans l’oeil, sans la main… pas de temps, pas de mémoire, pas d’histoire… 

 

il s’agit de se souvenir, d’expliquer, de laisser une trace… face à l’expérience vécue, face à la réalité envisagée… anamorphose… tout s’efface, tous s’épuise… 

 

… il est 2h20 du matin, quelque part dans un sous-sol énorme… partout des gens s’activent autour d’un monstre d’acier… un méga Léviathan si effrayant qu’aucunes légende ne l’a jamais évoquée… un gigantesque corps de ferraille et de pistons… entre le poisson et le reptile… il émet un bruit tonitruant… Nous somme en plein siècle de folie productive, d’envie d’accélération… d’industrie naissante… le monstre d’acier a faim… ceux qui s’en occupent autour le gave de cellulose, de plomb, d’encre, d’huile… à l’inverse d’un corps humain, il transforme sa nourriture en un objet consultable, quotidien et périssable rapidement… 

 

… le journal d’hier sera toujours plus bizarre que celui demain… la surinformation sera toujours plus efficace que la censure afin de produire de l’amnésie… 

 

…dressage comportemental, agencement précis et méthodique des conversations, lavage de cerveau, numérisation du savoir… quand Dieu est mort, les prêtres deviennent reporter…

 

Histoire, archivage, stockage, mémoire… nous sommes des appareils d’enregistrements, des collecteurs d’informations, des disques durs dont la conscience a été externalisé… 

 

… Nous sommes en 1454, la religion chrétienne invente le capitalisme… production de Bible en série… on impose l’idée d’un début et une explication possible du vide, de l’idée de son remplissage au travers des âges…

 

L’Histoire est une machine productrice d’amnésie…

 

… L’imprimerie nous a amené la littérature et la propagande… des fois l’une et l’autre se chevauchent… la plupart du temps la première est le seul acte de résistance possible à la seconde… 

 

Combien de forêts l’humanité a-t-elle déjà gaspiller afin se satisfaire son besoin de faire sens ? Et pour quel résultat ?


 

(picture of a picture by Kit Brown)


 



samedi 8 novembre 2025

12 years ago - JOHN GIORNO au Labo de l'ABC

Thanks for everything John 


Souvenirs de la venue de John Giorno à La Chaux-de-Fonds. Pour une performance au LABO de l'ABC en décembre 2013. Quelle chance d'avoir pu ouvrir pour lui. Sans lui, rien n'aurait été possible. On lui doit tout... merci John... texte extrait de mon essai "No(w)body" !!

Le 7 décembre 2013 John Giorno arrive à La Chaux-de-Fonds par le train de Besançon, il est accompagné du poète et professeur à l’école d’art Michel Collet et il vient pour une performance au Centre de Culture ABC. On l’attend avec crainte et impatience avec Yvan Cuche, le directeur du théâtre. 

L’homme est petit et magnétique, ses yeux semblent avoir vu l’humanité entière, son énergie est puissante, sa voix agréable et son humour plein de malice. Une vidéo du groupe R.E.M. rend hommage à ce visage, à ces yeux, à cet homme, ce poète rassembleur, ce sage tranquille. Un gros plan en noir et blanc sur le visage de John Giorno qui cligne des yeux, sourit, incline à peine la tête. La chanson s’appelle We all go back to where we belong Giorno décède en 2019 et retourne là où il appartient, rejoignant certainement les poussières cosmiques laissées par les corps d’Andy Warhol et de William S. Burroughs, de Jack Kerouac ou d’Allen Ginsberg, tous ses anciens amants, tous ses anciens amis. 

De Marcel Duchamp à Sonic Youth, de John Cage à Psychic TV, d’Andy Warhol à Patti Smith, de Lydia Lunch à Bob Dylan cet homme agit comme un liant silencieux d’une époque à une autre, d’une discipline artistique à une autre. Avec son label nommé le Giorno Poetry System il publie de nombreux albums qui fonctionnent comme un musée vivant de la culture alternative. Des morceaux inédits, des rencontres entre des poètes et des musiciens, des mots et des sons. 

En sage tranquille, en rassembleur, en canalisateur énergétique, John Giorno aimante des artistes attirés par son idée du partage et les projets qu’il met en place célèbrent une poésie qui se doit d’être sonore, militante, mystique, publique et diffusée. En 1968 ils mettent en place avec William Burroughs une expérience poétique appelée Dial a Poem dans laquelle le public peut appeler une hotline et écouter un poème, un discours politique, des mantras bouddhistes ou de la poésie queer. Patti Smith, Meredith Monk, Laurie Henderson, Allen Ginsberg, mais aussi Bobby Seale, uns leaders des Black Panthers ou Amiri Baraka, le fondateur du Black Art Movements. À travers Dial a Poem la poésie redevient dangereuse pour la première fois depuis Antonin Artaud, le FBI met la pression sur Giorno et Burroughs et la ligne téléphonique est fermée en 1970. 

Quarante trois ans plus tard à La Chaux-de-Fonds en 2013, John Giorno déclame ses odes à la vie et la mort, à la circularité éternelle, à la poésie réparatrice et libératrice. 

Un long poème intitulé Thanks 4 Nothing cristallise tout le souffle vital de son travail, toutes les inspirations et les expirations, toutes les expériences cumulées, les sensations écoulées. Il espère que toutes les drogues qu’il a ingurgitées, que tout le chocolat qu’il a mangé, tout le vin qu’il a bu, tous les joints qu’il a fumés, tout le sexe qu’il a pratiqué viennent enivrer à leurs tours son audience, rendre les gens heureux, vivants, fluides. Il évoque les esprits de Burroughs, de Warhol, de tous les autres… il espère ainsi enclencher une partouze improbable dans ce petit théâtre de La Chaux-de-Fonds. 

Une orgie joyeuse à laquelle les fantômes de Blaise Cendrars et de Karl Marx, des membres du Living Theater, Stefan Zweig ou Bakouhnine s’invitent spontanément. De l’émanation de la vie sur terre à sa vie à lui, il évoque et relativise l’aventure humaine, de son destin commun à la trajectoire individuelle de ses membres. Une même énergie entre le groupe et la particularité de chacun qu’il rassemble dans les projets du Giorno Poetry System. 

Les mots sont des énergies qui émanent des corps, les corps des énergies éphémères coagulées qui jaillissent du vide. Face à l’immensité nébuleuse du cosmos et devant la circularité de l’Histoire, les individus sont des amas momentanés qui voient, qui crient, qui parlent, qui écoutent, qui partagent. 

Pendant ses performances, seul avec ses mots qui s’échappent de lui, John Giorno répond à l’infini par un processus évanescent mais répétitif. 


"Twenty billion years ago

in the primordial wisdom soup

beyond comprehension and indescribable

something without substance moved slightly

(...)

why did it happen 

because something substance less

had feeling of missing something,

not

getting it

was not getting it"

John Giorno - Thanks 4 Nothing

Dejan Gacond - 2021 - extrait de "No(w)body"