dimanche 12 mai 2013

...les arpenteurs du malaises...



« I’m a curator of decay
slowly peeling away the layers
to reveal the bedrock
underneath »

Tony O’Neill – Songs from the shooting gallery



 (photo : Kit Brown, Belfort, 2013)

L’organisme et ce que l’on veut bien en cacher s’immisce fréquemment dans l’art, depuis  Sade et Lautréamont, puis Artaud, Bataille ou les actionnistes viennois par exemple, comme une réponse instinctive à ce que le système réprime. La schizophrénie corporelle ; sorte de symptôme d’une époque qui instrumentalise à outrance le corps - particulièrement de la femme - mais pour vendre du déodorant. Face à cette utilisation objective de corps qui ne doivent pas déranger et en réponse aux horreurs diverses laissées par la deuxième guerre, l’antisémitisme et le nazisme, les actionnistes viennois Otto Muehl ou Gunter Brus tenaient par exemple à confronter le public à l’odeur de la pisse et de la merde, du sang et des entrailles animales. Briser les frontières entre l’art et le monde, entre le carnaval et le rite mortuaire… Remettre le corps au centre des préoccupations ! L’art ou sa nécessité, qu’il soit appelé ainsi ou autrement, dans cette société-ci ou dans celle-là est donc une spécificité humaine. Une évasion presque conditionnée ; un ailleurs, autrement ! Ici, maintenant, dans cet Occident délétère, l’art continue de se répandre, malgré le contrôle que lui imposent les pouvoirs ignominieusement mis en place. Un art très organique, un retour à cette forme obscure dans laquelle chacun de nous est isolé. L’ombre d’Artaud et la peur technologique qui sait ? De tout temps, il en a été question, de ce corps isolant et en perpétuel changement. Comment le corps va réagir à ces agrégats technologiques dont on essaye de le pourvoir ? Tout cela pendant que le monde crève de faim… 
 

 


 
(photo : kit Brown)


Mais l’héritage de Sade se fait ressentir depuis longtemps dans les courants artistiques. Les représentants obscurs de ce dix-neuvième siècle malade, puis Dada et les surréalistes, Cendrars et Henry Miller, les beats, le happening et les actionnistes, Bukowski, le punk, Lydia Lunch, Kit Brown, Valérie Export, Jean-Louis Costes ou Tony O’Neill. Le rire tient une place très importante chez ces arpenteurs du malaise. Comme si il fallait encore et toujours conserver une distance nécessaire face à la tristesse du monde. Un rire mexicain ! L’humour comme distance, comme îlot de refus. Rire de la vie que l’on a crée et rire de ce que l’on crée pour fuir la vie. Il y a presque toujours quelque chose de rabelaisien dans le rapport à la merde, à part chez Artaud peut-être… comme si depuis Gargantua on ne pouvait mettre de côté la non-acceptation générale de l’humain face à ses déjections. Mêmes dans les plus extrêmes performances de Costes ou des actionnistes, il y a l’énorme importance de l’élément carnavalesque, ce renversement des valeurs encore et toujours à tenter.
 
 
 
 
(photo : Kit Brown)

« Religion used to be the opium of the masses. Now it’s the crack cocaine of assassins. Millions of addicts tripping on a celestial high. Throwing psychotic temper tantrums like little brats who forgot to take their Ritalin.”

Lydia Lunch – Will work for drugs



 

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